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Marina B.

La Fille de l’Air

28 Novembre 2013 , Rédigé par MarinaB. Publié dans #Histoires, #Illustrations

 La Fille de l’Air

Un fantasme absolu, qui survit au temps, à la mode, aux frontières et même aux catastrophes aériennes : le mythe de l’hôtesse de l’air. Située quelque part entre Diane-la chasseresse, la Blanche-Neige et la mère Teresa, celle qui nous dit : « Bienvenue à bord » est entourée depuis toujours par un halo de mystère.

Un uniforme instaure une distance et inspire du respect. L’uniforme de l’hôtesse de l’air ne se contente pas de ces deux effets-là, il y rajoute un coté glamour. Une sorte de mélange en « chaud-froid », à mi-chemin entre le strict et la séduction.

Pour avoir fait ce métier quelques années durant, j’ai pu observer le regard qui se posait sur nous. Bienveillant en général, mais aussi, parfois, méfiant, interrogatif, plein de curiosité, style : « raconte-moi ta vie, je suis sûre qu’elle est fascinante ».

C’est ça, en réalité, le « contenu » du mythe : c’est que de l’extérieur ce métier est totalement fascinant (même si, au cours des dernières années il a pas mal perdu de sa superbe). Parcourir le monde à bord d’un avion, se poser dans des pays chauds en plein hiver parisien, gouter aux plats exotiques, dormir dans des hôtels avec une piscine sur le toit et un petit-déjeuner avec la vue sur Broadway ( des hôtels où on aurait peu de chance de mettre les pieds, si on ne faisait pas ce métier là), faire des rencontres, travailler à chaque fois avec un équipage différent – donc, exit la routine et vive l’aventure ! Rajouter à tout ceci une belle robe bleu-marine et voila votre mythe bien incarné.

Et ce n’est pas fini : l’hôtesse est là pour vous servir, s’occuper de votre confort, veiller sur votre sécurité, votre sommeil, vous prodiguer des premiers soins (si-si) au cas où vous vous coupez un doigt, ou décidez de vous évanouir quelque-part entre le galley et les toilettes, en pleine nuit, bien sûr, c’est mieux… Bref, s’il vous arrive quelque chose à bord de « son » avion, l’hôtesse de l’air volera à votre secours.

Alors, rendez-vous compte ? Tout ça en une seule et même personne : l’autorité, le service, le glamour, l’empathie et les soins ! Vous comprenez maintenant à quoi tient la légende ?

Mais comme pour tous les mythes, il y a, forcement, le revers de la médaille. Sinon, ça ne serait pas un mythe.

J’admire énormément, parmi mes anciens collègues, celles qui font ce métier durant 15, 20, et même 30 ( !!) ans. (L’époque où une hôtesse de l’air partait à la retraite à 35 ans est restée dans le passé.) Moi, je n’ai pas pu. Ni mon corps, ni mon mental, ni mon âme n’ont pas pu continuer ce voyage. J’ai du m’incliner et laisser ce chapitre derrière moi.

Ce que je peux dire aujourd’hui, c’est que toutes ces femmes (et les hommes aussi, bien sûr, quand il s’agit de nos amis-les stewards, mais comme ici je parle d’un mythe de fille…) ont un sacré courage et une belle résistance. Car, tous nos chagrins, nos problèmes, nos états d’âme doivent rester complètement transparents dans cet espace compact et saturé qui est un avion. Vous ne pouvez pas vous isoler dans un avion. Vous ne pouvez pas aller faire un tour si ça ne va pas, sortir prendre l’air, passer un coup de fil ou, tout simplement pleurer tranquillement si vos angoisses et vos problèmes existentielles choisissent à se manifester pendant que vous survolez l’Atlantique dans un tube. Vous ne pouvez aller nulle part.

La seule chose que vous pouvez faire c’est de vous confier à la personne qui était pour vous, il y a encore quelques heures, un parfait inconnu et qui partage avec vous cet espace sans échappatoire. Je n’ai jamais rencontré, par ailleurs, autant de gens qui vous racontent leur vie qu’à bord d’un avion. Ça en devient une occupation à part entière, un accessoire inséparable de la vie de l’hôtesse de l’air : raconter sa vie et écouter les récits sur celle des autres.

Il faut pouvoir en emmagasiner – des kilomètres des vies humaines. Ce torrent qui se déverse sur vous peut être très néfaste et causer pas mal de dégâts. Car il n’y a rien d’innocent dans cette propulsion à vouloir à tout prix confier des douleurs de son existence à des parfaits inconnus. Il s’agit de quelque chose d’extrêmement polluant et qui sape une grande partie de notre énergie à la longue.

Les personnes les plus équilibrées que j’ai pu rencontrer dans les avions avaient forcement une vie à coté : une famille, une passion, un second métier (si-si, c’est possible). Ça leur permettait de contrebalancer le poids des contraintes incontournables et d’éviter de se laisser aspirer par la vie des autres. Car l’énergie de ce lieu - un avion- est très forte et très fermée. Elle tourne sur elle-même (c’est le cas de le dire) et son absorption peut laisser des séquelles.

Le paradoxe de se métier est qu’on passe d’un lieu saturé du monde –l’avion - à un lieu avec un isolement complet – sa chambre d’hôtel. Et c'est un sujet à part.

A très vite.

M.B.

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